l’Opinion // Private banking

Portefeuille : la gestion financière entre prudence et private equity

INVESTISSEMENT

Dans un environnement de marché cher, sans excès, avec de bonnes nouvelles économiques, les gérants privilégient les portefeuilles très équilibrés. Mais pour offrir du rendement, ils regardent du côté du  private equity.

par Cyrille Lachèvre

Gérer les portefeuilles de clients privés – « fortunés » – exige un doigté particulier. « Ce sont souvent des personnes ayant connu un grand succès dans leur vie professionnelle, qui se sentent capables de prendre des risques aussi sur les marchés, ou bien des héritiers pas forcément formés aux techniques financières, mais nous avons également, à l’inverse, des clients devenus averses au risque depuis qu’ils
ont vendu leur entreprise », résume un banquier privé. Avant même de définir dans quelle classe d’actifs investir, le gérant privé doit donc faire de la pédagogie et de la psychologie. En langage financier, on dira « définir le profil de risque du client ».

Trois poches. « Nous avons toujours la même approche ; elle repose sur les trois mêmes catégories d’investissement et notre rôle consiste, après avoir longuement discuté avec nos clients, à définir quelle taille accorder à chacune de ces poches, explique Stéphane Monier, responsable de la stratégie d’investissement chez Lombard Odier. La première de ces poches est l’épargne de précaution, la
seconde regroupe les produits de rendement pour couvrir les dépenses courantes du client et la troisième – souvent un résidu – est consacrée à chercher de la croissance à long terme, plus risquée. » A cette poche s’en ajoute éventuellement une quatrième, « le besoin de se couvrir contre les risques de marché ; il est en train dedevenir, pour certains clients, une véritable préoccupation compte tenu des valorisations de marché élevées », poursuit Stéphane Monier.

Ensuite vient la partie allocation d’actifs proprement dite. A cet égard, 2018 s’annonce comme un cru compliqué à anticiper, simplement parce que tout va bien ! « Nous sommes dans un très bon momentum économique, avec une zone euro qui croît plus que prévu et les Etats-Unis qui continuent de bien résister, résume Christophe Burtin directeur général de Bordier & Cie (France). Les seules incertitudes
sont d’ordre politiques puisque désormais la politique économique américaine repose davantage dans les mains du Congrès que de Donald Trump, et d’ordre monétaires avec des questions sur la vitesse et l’impact de la réduction des bilans des banques centrales. » Autant de facteurs plaidant toujours pour
des portefeuilles équilibrés, ajoute Christophe Burtin. « Avec des marchés actions ayant progressé
de 15 % au niveau mondial, nous sommes clairement au milieu du gué, les actifs sont plus ou moins matures selon les zones, confirme Jérôme Cognet, responsable de la sélection de fonds chez UBS France. Dans ces conditions, nous sommes passés d’une position très favorable aux actions en début d’année à une position favorable ». « La prudence liée aux valorisations actuelles des marchés actions nous conduit à être plus sélectifs et moins directionnels, en adoptant une gestion opportuniste », ajoute Cyril Poncet, gérant chez UBS.

Quid des marchés obligataires ? « C’est une partie importante d’un portefeuille équilibré, mais avec quelques précautions à prendre, en particulier sur les obligations à haut rendement sur lesquelles les primes de rendement (spreads) ont retrouvé leur niveau de 2007 aux Etats-Unis et en Europe »,  prévient Christophe Burtin.

Actifs moins liquides. Prudents, mais pas trop, confrontés à des courbes de taux très bas qui rendent difficiles d’assurer un rendement correct, les banquiers privés misent de plus en plus sur la troisième partie – « risquée » – des portefeuilles pour se distinguer. Christophe Burtin reconnaît ainsi proposer de plus en plus de Private Equity à ses clients, surtout « ceux ayant un horizon d’investissement de long terme et une bonne compréhension de la classe d’actifs ». « La tendance lourde chez nos clients prêts à prendre une certaine dose de risque est clairement de quitter les actifs financiers les plus liquides vers les actifs réels moins liquides, que sont les investissements en private equity, dans le capital-risque, voire les terres agricoles et l’immobilier », explique Stéphane Monier.

« Chez Lombard Odier, nous avons créé, pour les clients les plus fortunés un Club PE qui consiste à investir, conjointement dans des entreprises en forte croissance », note Stéphane Monier. UBS, de son coté, reste très actif sur la partie hedge funds. « Notre chief investment office recommande une allocation comprise entre 16 et 20 % sur cette classe d’actifs. En parallèle, nos clients nous demandent de renforcer fortement cette allocation, notamment sur son segment le plus défensif et à faible volatilité », explique Gabriel Garcin, responsable du segment investissements alternatifs. Plus généralement la banque suisse continue d’étoffer son offre de produits flexibles, avec, par exemple, un fonds géré depuis Zurich et qui vise à calibrer son exposition au risque de façon quantitative. Enfin, et toujours dans cette optique de minimiser les risques, au début du mois d’octobre, le département produits structurés de la banque lancera un produit à capital garanti sur une maturité courte de trois ans, le premier depuis de nombreuses années. Ne pas trop faire dormir l’argent sans prendre de risques excessifs : 2018 sera délicat à gérer !

 

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